| Lumières du bout du monde |
![]() Carte postale éditée par les associations "Rien sans Elles" et "Afghanistan-Bretagne" et par le collectif "Femmes d'un bout du monde" |
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Les Monts d'Arrée. Nous les appelons nos montagnes, mais ce sont des collines de médiocre altitude (dans les 350 m) aux formes assez molles, sauf au voisinage des crêtes, hérissées de hautes lames de schiste presque noires au profil déchiqueté. Un paysage âpre, surtout quand, comme ce samedi soir, il est couvert d'un ciel tourmenté fait de toutes les nuances de gris et que souffle au sommet le reste affaibli de la tempête de la veille. Ce samedi 16 juin 2001, le rendez-vous était à l'heure habituelle du dîner, au monument à la Résistance de Trédudon (Finistère), un peu plus bas que la ligne des crêtes. D'abord pour un pique-nique, animé par trois musiciens. Une bombarde, un truchenn gaol ("trognon de chou", nom que l'on donne ici à la clarinette), une grande cornemuse à trois bourdons dont la mode est venue d'Écosse. L'homme à la cornemuse est dans le milieu de cette musique une célébrité depuis plus de 40 ans et paraît presque gêné d'avoir un engagement qui ne lui permet pas de participer à la suite. La suite, c'est une marche de nuit contre l'obscurantisme et pour les femmes afghanes, organisée par "Femmes d'un bout du monde", "Rien sans elles" et Afghanistan-Bretagne. Jusque vers 21 heures arrivent celles et ceux qui, étant donnée la météo peu clémente, ont préféré au pique-nique le dîner à domicile ou les crêperies et restaurants du voisinage. La petite foule compte au total à peu près deux-cent cinquante personnes de tous âges, dont environ deux tiers de femmes. La plupart des hommes sont en couple, mais pas tous. L'un d'eux dit être venu "marcher pour sa femme", immobilisée par un problème au genou. Quelques mots des associations organisatrices, puis le Chant des Partisans, revu et corrigé pour évoquer l'oppression subie par les femmes afghanes. Maurice Druon le phallocrate revisité par le féminisme, en somme. Le parcours (à peu près 6 km au total) traverse le village, puis s'engage dans un chemin creux. Il fait encore plein jour, mais le chemin est sombre, encaissé entre deux hauts talus boisés dont les frondaisons se rejoignent, formant comme un tunnel. Le ciel est retrouvé au-dessus d'un chemin de randonnée et l'ascension commence. Il a plu la veille et l'après-midi même, et plus l'on approche des crêtes, plus le terrain devient humide et quasi-marécageux. Par endroits le sentier devient une fondrière. Par endroits on peut marcher à deux ou trois de front, par endroits il faut progresser à la queue leu leu, de sorte que la file des marcheuses et des marcheurs s'étire sur plus d'un kilomètre. Halte juste au-dessous d'un sommet, auprès d'une sorte de belvédère dont s'approchent les responsables de l'organisation, accompagnées d'un jeune homme brandissant un tchadri au bout d'un bâton. Un panneau indicateur est fixé, pointé dans la direction de Kaboul, avec mention de la distance. Une femme s'accompagnant à l'accordéon chante d'une voix qui porte loin une oeuvre qu'elle a écrite et composée sur et pour les femmes d'Afghanistan. Le soleil s'est couché, la marche rebrousse chemin pendant que s'allument les lampions de papier, genre retraite aux flambeaux, une cinquantaine au total, qui avaient été vendus avant la marche aux participant(e)s. Bientôt le trajet bifurque, pour suivre un chemin de retour moins difficile dans l'obscurité que n'aurait été celui de l'aller. De la tête du cortège, à la fin du parcours qui se termine sur une route, on voit encore une longue file de marcheurs qui serpente à flanc de colline. Il fait maintenant si sombre qu'on la devinerait à peine si elle n'était soulignée par le pointillé des lampions. Bientôt les femmes députées, sénatrices et ministres recevront les cartes postales signées des participant(e)s à cette marche. Le texte demande aux femmes politiques d'agir pour la mise au ban internationale du régime des taliban. C'est une goutte d'eau dans la mer, comme les lampions dans l'obscurité sur la colline étaient le symbole, faible et fort à la fois, du refus par les consciences de l'obscurantisme. |